Architecture médiévale et urbanisme
Mark Burch, Phil Treveil & Derek Keene, The Development of Early Medieval and Later Poultry and Cheapside : Excavations at 1 Poultry and Vicinity, City of London, london, Museum of london Archaeology Publications, 2011, 30 cm, 365 p., 265 fig. en n. et bl. et en coul. + cD-rOM. -iSBn : 978-1-901992-95-3 ; 35 £.
(Monograph Series, 38) De toutes les grandes villes européennes, Londres est certainement une de celles – sinon celle – qui ont été le plus fouillées et dont le sol a le plus contribué à la connaissance de la fabrique de la ville, de son urbanisme, de l’habitat qui se développa dans ses murs et des témoignages de la vie matérielle de ses habitants. En rend compte la collection de monographies que publie le MOLA (Museum of London Archaelogy), sans équivalent en France. Le 38e volume est consacré à un quartier, Poultry, situé au centre de la ville médiévale, au coeur d’un triangle dont les pointes sont constituées par la cathédrale Saint-Paul, le Guildhall et London bridge. Son importance et sa prospérité sont dues à la proximité de Cheapside, principale artère commerciale de la City. Le grand intérêt du livre est de présenter, avec minutie et une quantité de données impressionnante, la constitution du tissu urbain en quatre chapitres : le haut Moyen Âge, depuis la fin de la présence romaine jusqu’au
IXe siècle inclus ; l’agglomération saxonne du Xe et de la première moitié du XIe siècle ; le développement du quartier à la suite de la conquête normande (vers 1050-vers 1200) ; enfin la vie ultérieure de cette frange de la City. Les chapitres suivants proposent des synthèses sur les caractères de l’urbanisme, les activités économiques et l’église paroissiale de Saint Benet Sherehog, tandis que 13 appendices livrent les résultats d’analyses techniques (étude des sols, de la céramique et des matériaux de construction, des artefacts en verre, en métal, en bois et en cuir ; étude des restes d’animaux et de plantes, etc.). Le CD-ROM contient des catalogues du matériel trouvé en fouilles. De ce livre très dense, on retiendra ici principalement plusieurs développements sur des thèmes concernant le Moyen Âge central. Il faut cependant savoir que l’ambition de l’ouvrage est titanesque, qui pousse l’étude archéologique jusqu’à la période contemporaine, dans une recherche d’archéologie et d’histoire totales. Avant de commenter les thèmes des temps médiévaux, on se doit d’abord de souligner la précision frappante du portrait qui est dressé de Londres pendant le haut Moyen Âge, à partir de l’ensemble des données révélées par les fouilles qui ont affecté le Grand Londres. Elles attestent du déclin de la vie urbaine à partir du début du Ve siècle et de l’effacement de la romanisation, puis d’une désertion du site pendant près de 150 ans, accompagnée du maintien d’une grande partie du cadre bâti antique (murs, portes, grands bâtiments ruinés et même pour partie réseau viaire), qui exerça ultérieurement une forte influence sur la topographie médiévale. Le mauvais entretien des rivières conduisit à une remontée des eaux et à la création du marais de Walbrook, qui coupa la ville en deux. Un renouveau s’amorça au
VIIe siècle, avec le développement de la fonction religieuse de Londres et l’affirmation de sa vocation économique : Saint-Paul est fondée en 604 par le roi du Kent, par suite d’une mission envoyée par le pape Grégoire le Grand ; les échanges se réveillèrent après 650, connurent un pic au VIIIe siècle et restèrent très intenses au IXe siècle, confirmant l’essor de cette agglomération bipolaire, bien reliée au continent et par ailleurs centre de production actif, avec Ludenvic à l’ouest, emporium de premier plan, et Londinum à l’est. Cependant, en dehors de la zone entourant Saint-Paul, la City resta peu peuplée jusqu’à la fin du IXe siècle et Poultry se situe à la marge des zones concernées par le grand essor de la Londres saxonne. Après le coup d’arrêt provoqué par la dévastation opérée par les Vikings en 851 et le repli de la population vers la City, mieux défendue, le roi Alfred relança la ville en mettant en place vers 900 le marché de Cheapside et en réorganisant le réseau viaire, mais la croissance resta lente durant le Xe siècle. Après l’an mil, les contacts commerciaux avec les Flandres, le nord de la France et la Rhénanie se développèrent à nouveau, ouvrant après la conquête normande un nouveau chapitre de l’histoire de Londres. Sur cette trame, les fouilles de Poultry brodent un tableau en demi-teinte, les données recueillies concernant surtout les objets témoignant de la vie quotidienne, du commerce et des activités artisanales, les informations sur le réseau viaire et l’habitat étant réduites avant l’amorce du
XIIe siècle. Ce sont donc les XIIe et XIIIe siècles qui fournissent les aperçus les plus nourris sur l’urbanisation de Poultry. L’organisation du tissu bâti s’effectue, sans surprise, à partir de l’axe principal, qui continue Cheapside, car le développement du marché est la clef de la structuration des voies publiques. L’ouvrage livre une étude exemplaire des étapes de la mise en place d’un réseau viaire, artère principale et capillaires, presque accomplie au début du XIIIe siècle. Un autre développement remarquable est offert par la description du Great Conduit : devant le manque d’eau la ville fit en 1237 l’acquisition d’une source et créa une canalisation de 4 km de long, approvisionnant la Cité et aboutissant à une chambre – château d’eau de 13,72 x 6,1 m. Le quartier se caractérisait au XIIe siècle par des fronts de rues occupés par des rangées (rows) de petites boutiques, en avant de demeures importantes appartenant à des familles opulentes, alors que des « Lombards » sont signalés dès le début des années 1100 et que Gascons et Italiens y sont en nombre vers 1250. Un essor remarquable de la construction de maisons bâties pour tout ou partie en pierre doit être signalé, mutation profonde d’un habitat jusque là dominé par des constructions sur poteaux de bois : les p. 183-190 en proposent une vue générale, malheureusement sans plans ni restitutions (qu’il faut aller chercher dans le chapitre précédent), mais avec d’intéressantes précisions sur l’évolution du parcellaire. Le faciès urbain changera entre le début du
XIVe siècle et le courant du XVe, la subdivision des lots fonciers s’accélérant sous l’effet de la pression du marché et aboutissant à la juxtaposition de maisons plus étroites, à plusieurs étages, affrontant la rue. D. Keene offre (p. 192-200) les résultats de son étude des sources écrites, qui documente les limites des circonscriptions administratives (wards) et celles des paroisses, et livre de précieuses informations sur les plans de masses et la distribution de BIBLIOGRAPHIE
Bibliographie
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