Dalton Trumbo
| Nom de naissance | James Dalton Trumbo |
|---|---|
| Surnom |
Millard Kaufman Ian Mc Lellan Hunter Robert Rich |
| Naissance |
Montrose (Colorado, États-Unis) |
| Nationalité | Américaine |
| Décès |
(à 70 ans) Los Angeles (Californie, États-Unis) |
| Profession | Scénariste, écrivain, réalisateur |
| Films notables |
Exodus Spartacus Johnny s'en va-t-en guerre |
Dalton Trumbo, né le à Montrose (Colorado) et mort le à Los Angeles, est un écrivain, scénariste et réalisateur américain.
Il est connu pour son roman antimilitariste Johnny s'en va-t-en guerre, publié en 1939 — dont il réalise l'adaptation cinématographique en 1971 —, et pour avoir été l'un des « Dix d'Hollywood » qui refusèrent de témoigner en 1947 sur les influences communistes dans l'industrie cinématographique devant la Commission des activités antiaméricaines de la Chambre des représentants. Inscrit sur la liste noire de Hollywood, il ne peut dès lors plus travailler. Il continue toutefois à le faire sous divers pseudonymes, remportant même à deux reprises l'Oscar de la meilleure histoire originale, en 1954 pour Vacances romaines et en 1957 pour Les clameurs se sont tues.
Biographie
[modifier | modifier le code]Jeunesse et débuts dans le cinéma (1905-1947)
[modifier | modifier le code]Dalton Trumbo naît dans le Colorado en 1905. À l'âge de vingt ans, il part pour la Californie. Il y travaille comme boulanger la nuit, tandis que le jour il étudie à l'université de Californie du Sud. À la fin de ses études, il commence à écrire des articles en tant que journaliste indépendant.
En 1933, il devient rédacteur en chef de la revue Hollywood Spectator, une publication de critique cinématographique. La revue cesse de paraître un an plus tard. Trumbo est alors engagé comme lecteur à la Warner Bros jusqu'à son renvoi en 1936 car il refuse de démissionner de la Screen Writers Guild (en), un syndicat fortement ancré à gauche. Il écrit ensuite quelques scénarios sans grande importance pour la Screen Writers Guild et milite dans plusieurs associations de gauche.
En 1938, il épouse Cléo Beth Fincher avec qui il a trois enfants. Cette année-là, il écrit Johnny s'en va-t-en guerre, roman antimilitariste publié en 1939. Il écrit également le scénario de son premier « grand » film, A Man to Remember (en) de Garson Kanin, et devient rapidement l'un des scénaristes les mieux payés de Hollywood. Il a une capacité à écrire très rapidement : en une journée il peut proposer trois, quatre versions d'une même scène. En 1941, il est nommé pour l'Oscar du meilleur scénario adapté pour son travail sur Kitty Foyle, réalisé par Sam Wood. Il est également un grand pamphlétaire.
En 1941, peu de temps après l'invasion allemande de l'URSS, alors que le Parti communiste des États-Unis d'Amérique vient de faire un virage à 180° sur la question de l'entrée en guerre, son roman Johnny s'en va-t-en guerre est épuisé et l'extrême droite américaine fait pression sur lui et son éditeur pour obtenir une réédition. Cela le convainc que c'est « exactement le type de livre qu'il ne fallait pas réimprimer avant la fin de la guerre ». Il va jusqu'à informer le FBI des agissements de ces correspondants, ce qui provoque le début de ses ennuis avec celui-ci[1].
Les années noires (1947-1960)
[modifier | modifier le code]En octobre 1947, la Commission des activités antiaméricaines de la Chambre des représentants se réunit à Washington et commence des auditions afin de déterminer quels sont les individus « déviants » du monde hollywoodien. Trumbo est l'un des « Dix d'Hollywood » qui refusent de répondre à la question : « Êtes-vous encore, ou avez-vous été membre du Parti communiste ? ». Les dix invoquent le premier amendement de la Constitution des États-Unis (liberté d'expression et de réunion) pour justifier leur refus de répondre. La Commission, quant à elle, estime qu'ils outragent le Congrès. Trumbo est condamné à une peine de prison qu'il effectue en 1950 pendant onze mois.
La Commission des activités anti-américaines de la Chambre des représentants
[modifier | modifier le code]Trumbo ne refuse pas catégoriquement de répondre à la question, mais ne répond pas comme le désirerait la Commission. Un exemple de ceci est l'extrait suivant, tiré de l'audition de Dalton Trumbo[réf. nécessaire]. L'échange a lieu entre Trumbo, J. Parnell Thomas, le président de la Commission; et Robert E. Stripling, l'enquêteur en chef de la Commission :
- Le président - (coups de marteau)… un instant. La Commission veut savoir quelle était la question, et voir si votre réponse est pertinente. Quelle était la question ?
- L'enquêteur en chef - Monsieur Trumbo, je vais vous poser diverses questions, toutes auxquelles il peut être répondu par « oui » ou par « non ». Si vous voulez donner une explication après avoir fourni cette réponse, je suis persuadé que la Commission donnera son accord. Cependant, afin que cette audience puisse se passer régulièrement, il est nécessaire que vous répondiez à la question sans faire de discours en réponse à chaque question.
- Dalton Trumbo - Je comprends, Monsieur Stripling. Cependant votre travail est de poser des questions et le mien est d'y répondre. Je répondrai par oui ou par non si cela me convient de répondre ainsi. Je répondrai en utilisant mes propres mots. Il y a beaucoup de questions auxquelles il ne peut être répondu par « oui » ou « non » que par un imbécile ou un esclave.
- Le président - La Commission est d'accord avec vous, vous n'avez pas besoin de répondre par « oui » ou par « non ».
- Dalton Trumbo - Merci, monsieur.
- Le président - Mais vous devez répondre aux questions.
Trumbo souhaitait également ajouter une déclaration dans laquelle il présente une défense offensive, niant la légitimité de la Commission et comparant la situation à l'incendie du Reichstag en 1933 qui avait permis d'asseoir le pouvoir d'Adolf Hitler.
La liste noire de Hollywood
[modifier | modifier le code]Trumbo est inscrit sur la liste noire de Hollywood ce qui lui interdit de travailler dans le cinéma. Il s'exile au Mexique avec Hugo Butler et sa femme Jean Rouverol, eux aussi sur la liste noire. Il y rencontre Luis Buñuel et une relation amicale se noue entre les deux cinéastes. Il lui parle alors d'un projet qui lui tient à cœur : l'adaptation au cinéma de son roman Johnny s'en va-t-en guerre.
Au Mexique, il continue à écrire pour le cinéma américain sous des noms d'emprunts : Millard Kaufman (Le Démon des armes de Joseph H. Lewis en 1950), Guy Endore (Menace dans la nuit de John Berry en 1951), Ian McLellan Hunter, nom sous lequel il remporte en 1954 l'Oscar de la meilleure histoire originale pour Vacances romaines de William Wyler, ou encore Robert Rich, nom sous lequel il remporte le même Oscar en 1957 pour Les clameurs se sont tues d'Irving Rapper (Robert Rich est le nom du neveu des frères King, producteurs du film).
La consécration (1960-1976)
[modifier | modifier le code]Trumbo sort officiellement de la liste noire en 1960 lorsque Otto Preminger et Kirk Douglas demandent qu'il soit crédité sous son vrai nom au générique d'Exodus et de Spartacus[4]. Pour Douglas, qui a besoin d'un scénariste rapide et efficace, Trumbo s'avère être l'homme de la situation, d'autant plus qu'il a été le compagnon de cellule d'Howard Fast, auteur du roman sur lequel est basé le film[5].
En 1971, Trumbo réalise son unique film, Johnny s'en va-t-en guerre, adapté de son roman antimilitariste. Le film est montré au Festival de Cannes 1971 et reçoit les louanges de Jean Renoir et Luis Buñuel. Il obtient le grand prix du jury avec Taking Off de Miloš Forman.
Le , Trumbo meurt d'un infarctus du myocarde à l'âge de 70 ans.
Récompenses et nominations
[modifier | modifier le code]| Année | Récompense | Catégorie | Film | Résultat |
|---|---|---|---|---|
| 1941 | Academy Award | Best Writing, Screenplay | Kitty Foyle | Nomination |
| 1954 | Academy Award | Best Writing, Motion Picture Story[6] | Vacances romaines | Lauréat |
| 1957 | Academy Award | Best Writing, Motion Picture Story[7] | Les clameurs se sont tues | Lauréat |
| 1961 | Writers Guild of America Award | Best Written American Drama | Spartacus | Nomination |
| 1969 | Golden Globes Award | Best Screenplay | L'Homme de Kiev | Nomination |
| 1970 | Laurel Award (WGA) | Screen Writing Achievement | Lauréat | |
| 1971 | Prix FIPRESCI (Cannes) | Johnny s'en va-t-en guerre | Lauréat | |
| 1971 | Grand prix du jury (Cannes) | Lauréat | ||
| 1972 | Writers Guild of America Award | Best Drama Adapted from Another Medium | Lauréat |
Œuvre littéraire
[modifier | modifier le code]Romans
[modifier | modifier le code]- Eclipse (1935)
- Washington Jitters (1936)
- Johnny Got His Gun (1939) Publié en français sous le titre Johnny s'en va-t-en guerre, traduit par Andrée R. Picard, Paris, Denoël, « Arc-en-ciel » no 1, 1971 ; réédition, Points. Roman no 624, 1993 ; réédition, Babel no 624, 2003
- The Remarkable Andrew ou Chronical of a Literal Man (1940)
- Night of the Aurochs (1979), roman inachevé Publié en français sous le titre La Nuit de l'aurochs, Paris, Éditions Alta, 1980
Théâtre
[modifier | modifier le code]- The Biggest Thief in Town (1949)
Essai
[modifier | modifier le code]- The Time Out of the Toad (1972)
Autres publications
[modifier | modifier le code]Filmographie
[modifier | modifier le code]Réalisateur
[modifier | modifier le code]- 1971 : Johnny s'en va-t-en guerre (Johnny Got His Gun)
Comme scénariste
[modifier | modifier le code]- 1937 : La Danseuse de San Diego (The Devil's Playground)
- 1937 : Le Jockey rouge (Thoroughbreds Don't Cry) d'Alfred E. Green (non crédité)
- 1938 : Un grand bonhomme (A Man to Remember) de Garson Kanin
- 1939 : Heaven with a Barbed Wire Fence (en) de Ricardo Cortez
- 1939 : Une étrange famille (The Kid from Kokomo) de Lewis Seiler
- 1939 : Career de Leigh Jason
- 1939 : Quels seront les cinq ? (Five Came Back) de John Farrow
- 1940 : A Bill of Divorcement de John Farrow
- 1940 : Kitty Foyle de Sam Wood
- 1941 : Tu m'appartiens (You Belong to Me) de Wesley Ruggles
- 1942 : André et les Fantômes (The Remarkable Andrew) de Stuart Heisler
- 1943 : Un nommé Joe (A Guy Named Joe) de Victor Fleming
- 1943 : Tender Comrade d'Edward Dmytryk
- 1944 : Trente Secondes sur Tokyo (Thirty Seconds Over Tokyo) de Mervyn LeRoy
- 1950 : Le Démon des armes (Deadly is the Female ou Gun Crazy) de Joseph H. Lewis (crédité Millard Kaufman)
- 1951 : Le Rôdeur (The Prowler) de Joseph Losey (crédité Hugo Butler)
- 1951 : Menace dans la nuit (He Ran All the Way) de John Berry (non crédité)
- 1953 : Vacances romaines (Roman Holiday) de William Wyler (crédité Ian McLellan Hunter)
- 1955 : Condamné au silence (The Court-martial of Billy Mitchell) d'Otto Preminger (non crédité)
- 1956 : Les clameurs se sont tues (The Brave One) d'Irving Rapper (crédité Robert Rich)
- 1957 : Les Frères Rico (The Brothers Rico) de Phil Karlson (non crédité)
- 1958 : Cow-boy (Cowboy) de Delmer Daves (non crédité)
- 1958 : Terreur au Texas (Terror in a Texas Town) de Joseph H. Lewis (crédité Ben Perry)
- 1960 : Exodus d'Otto Preminger
- 1960 : Spartacus de Stanley Kubrick
- 1961 : El Perdido (The Last Sunset) de Robert Aldrich
- 1962 : Seuls sont les indomptés (Lonely Are the Brave) de David Miller
- 1966 : Hawaï (Hawaii), de George Roy Hill
- 1968 : L'Homme de Kiev (The Fixer) de John Frankenheimer
- 1971 : Les Cavaliers (The Horsemen) de John Frankenheimer
- 1971 : Johnny s'en va-t-en guerre (Johnny Got His Gun) de lui-même
- 1973 : Papillon de Franklin J. Schaffner
- 1974 : Complot à Dallas (Executive Action) de David Miller
Autre
[modifier | modifier le code]- 1989 : Always de Steven Spielberg (remake de Un nommé Joe)
Incarnations de Dalton Trumbo à l'écran
[modifier | modifier le code]- 2000 : Hollywood liste rouge (One of the Hollywood Ten) de Karl Francis, interprété par Owen Brenman (en)
- 2012 : Witness 11 (en) de Sean Mitchell, interprété par Matthew Shelton
- 2015 : Dalton Trumbo (Trumbo) de Jay Roach, interprété par Bryan Cranston
- 2021 : Reagan de Sean McNamara, interprété par Sean Hankinson (en)
Anecdotes
[modifier | modifier le code]- Son fils, Christopher Trumbo (en), a également écrit des scénarios et était assistant-réalisateur sur Exodus et Johnny s'en va-t-en guerre.
- L'école de journalisme de l'université du Colorado à Boulder a inauguré une « fontaine de la liberté d'expression Dalton Trumbo ». Selon l'école, elle « est nommée en l'honneur de Dalton Trumbo, un des Dix d'Hollywood ».
- Kirk Douglas a déclaré à son sujet : « Les autres écrivains peuvent produire 20 pages en une semaine. Lui peut en débiter le double en une seule journée ![5] »
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ (en) Dalton Trumbo, Johnny Got His Gun, Citadel Press, 2000, p. 5, Introduction
- ↑ (en) Dalton Trumbo : Biography - IMDb
- ↑ (en) Americanism with a Vengeance: Civil Liberties and Dalton Trumbo - Ron Capshaw, City University of New York, 49th Parallel, Issue 4, hiver 2000
- ↑ deadline.com, 2015
- 1 2 Thomas Baurez, « Dalton Trumbo - Dans l'enfer du décor », Studio Ciné Live n°78, , p. 68
- ↑ L'Oscar a été remis à Ian McLellan Hunter
- ↑ Sous le nom d'emprunt de Robert Rich
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Entretien avec Dalton Trumbo, à propos de Johnny got his gun, Jeune Cinéma n°55, .
- Dix d'Hollywood
- Maccarthysme
- Oscar de la meilleure histoire originale
- Dalton Trumbo (film)
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Ressources relatives à l'audiovisuel :
- Ressource relative à la littérature :
- Kirk Douglas On ‘Trumbo’: I Was Threatened That Using A Blacklisted Writer Would End My Career, sur Deadline.com
- Écrivain américain du XXe siècle
- Réalisateur américain
- Victime du maccarthysme
- Étudiant de l'université du Colorado à Boulder
- Lauréat du National Book Award
- Naissance en décembre 1905
- Naissance dans le comté de Montrose
- Décès en septembre 1976
- Décès à Los Angeles
- Décès à 70 ans
- Mort d'un infarctus
- Romancier américain du XXe siècle
