Ode
| Formats | |
|---|---|
| Partie de |
Une ode, du grec ᾠδή / ōidḗ, « chant », est un poème lyrique, généralement en 7 strophes de 5 vers en décasyllabes, accompagné de musique, de la littérature grecque.
Historique
[modifier | modifier le code]L’ode a servi de vecteur pour l’expression lyrique, politique et religieuse à travers les âges. Les Grecs nommaient « ode » tout poème chanté avec accompagnement de la lyre. C’était la forme de ce qui a été appelé poésie lyrique. L’ode grecque comprenait toutes les variétés qu’offre la chanson, chants sérieux, les hymnes religieux, patriotiques, etc[1]. À la suite du poète grec Pindare, Horace, poète latin, a pratiqué ce genre dans ses Odes.
Les Anciens ont longtemps divisé l’ode, comme les chœurs de leurs tragédies, en trois parties coordonnées entre elles et réglées suivant le chant et les mouvements qui accompagnaient les paroles : la strophe, l’antistrophe et l’épode, marquant le tour et le retour des chanteurs ou leur repos. L’Encyclopédie distingue quatre sortes d’ode : « L’ode sacrée qui s’adresse à Dieu, et qui s’appelle hymne ou cantique. C’est l’expression d’une âme qui admire avec transport la grandeur, la toute-puissance, la sagesse de l’Être suprême, et qui lui témoigne son ravissement. […] La seconde espèce est des odes héroïques, ainsi nommées, parce qu’elles sont consacrées à la gloire des héros. Telles font celles de Pindare surtout, quelques-unes d’Horace, de Malherbe, de Rousseau. La troisième espèce peut porter le nom d’ode morale ou philosophique. Le poète frappé des charmes de la vertu ou de la laideur du vice, s’abandonne aux sentiments d’amour ou de haine que ces objets produisent en lui. La quatrième espèce nait au milieu des plaisirs, c’est l’expression d’un moment de joie. Telles font les odes anacréontiques, et la plupart des chansons françaises[2]. »
Un nombre considérable d’odes ont reçu leur nom tantôt du sujet traité, tantôt du poète qui a excellé dans chacune. De là des odes anacréontiques ou badines, héroïques ou pindariques, sacrées ou religieuses, philosophiques ou morales, etc., quelques-uns de ces genres étant complexes et susceptibles de subdivision[1]. Par extension, une ode est un poème célébrant un personnage ou un événement : un vainqueur des Jeux olympiques, par exemple.
Appliquant à la lettre le programme fixé par la Pléiade dans la Défense et illustration de la langue française de Joachim du Bellay, Ronsard, a, le premier, introduit ce nom dans la langue française.
« Nous introduisismes, entre autres nouvelles espèces de poésie, les odes dont nous empruntasmes la façon des Grecs et des Latins. »
— Pasquier
Malherbe a cultivé la poésie épique de l’ode pindarique que le XVIe siècle s’était surtout appliqué à copier, pour réinventer la nation française en forgeant une identité nationale Il convient de noter que les odes royales s’approprient la tâche capitale de forger une identité nationale, à l’aide de métaphores mythologiques[3], et dont Boileau a donné les règles, dans son Art poétique, tout en proclamant que le genre est à peine susceptible d’en recevoir[4].
Les vers de l’auteur de l’Art poétique, sur le style impétueux et déréglé de l’ode et sur son « beau désordre »[5] ont, suivant Marmontel, fait faire beaucoup d’extravagances et justifié une foule de mouvements factices, d’interrogations, d’exclamations, de tournures bondissantes, simulant l’ivresse à jeun et l’enthousiasme à froid :
Quelle docte et sainte ivresse
Aujourd’hui me fait la loi ?
Les meilleurs poètes lyriques n’ont pas été à l’abri de la manie d’imitation qui a tendu à faire un genre faux et artificiel de l’ode, qui devrait être la forme la plus parfaite du sentiment poétique par excellence, le sentiment lyrique. L’école de Ronsard a essayé de ramener, avec l’ode, ses divisions rythmiques et chorégraphiques. Vauquelin a dit dans son Art poétique :
Car depuis que Ronsard eut amené les modes
Du tour et du retour et du repos des odes,
Imitant la pavane ou du roi le grand bal,
Le françois n’eut depuis en Europe d’égal.
Ce genre a ensuite évolué, dans la période entre la Pléiade et l’époque romantique. Après Ronsard, qui avait acclimaté l’ode pindarique (solennelle, triadique) et l’ode horacienne (plus légère) en France, ses successeurs ont adapté le genre aux contextes historiques et esthétiques de leur époque. L’ode reste définie comme un poème lyrique chanté (étymologiquement ôdè), caractérisé par son enthousiasme et sa variété thématique, mais sa forme et sa fonction évoluent considérablement au XVIIe siècle, pour célébrer pouvoir royal ou l’expression religieuse[4].
Les poètes baroques et classiques ont utilisé l’ode héroïque pour célébrer les victoires militaires et la grandeur du roi. L’ode pindarique du grand style, grave et élevée, de ces œuvres de circonstance, domine la production officielle pour louer Louis XIV[6]. Une spécificité du XVIIe siècle est l’émergence de l’ode sacrée, qui sert à exprimer la dévotion avec une emphase qui préfigure le lyrisme religieux du XIXe siècle. L’ode se reconfigure comme un espace de convergence entre le sacré et la discours encomiastique[7]. Théophile de Viau et Saint-Amant ont pratiqué une ode plus personnelle, souvent centrée sur la solitude ou la nature, s’inscrivant dans la veine horacienne du « beau désordre » théorisé plus tard par Boileau[8].
Le siècle des Lumières, souvent associé à la raison, a paradoxalement vu une production abondante d’odes, bien que leur qualité ait été jugée inégale par la postérité. Le XVIIIe siècle est marqué par une multitude d’odes adressées à des entités abstraites, des personnages ou des concepts. On observe une inflexion pathétique et parfois emphatique. Des poètes comme Jean-Baptiste Rousseau ont tenté de maintenir la tradition de l’ode pindarique, mais leurs œuvres sont souvent considérées comme froides ou artificielles. Malgré cette production parfois conventionnelle, voire parodiée, l’ode reste le genre privilégié pour l’expression de sentiments vifs. Elle prépare le terrain au romantisme en conservant sa structure de strophes régulières tout en élargissant ses sujets à la nature, à l’amour et aux conditions de l’existence. Dans cette période de transition, le genre, bien que parfois alourdi par la rhétorique, ne cesse d’être pratiqué[9]. Il peut également être mis, à l’occasion, à contribution par le genre libertin, comme dans l’Ode à Priape de Piron.
Juste avant l’avènement de Victor Hugo, l’ode connait un renouveau décisif qui permet le passage de la tradition classique au romantisme. Lamartine joue un rôle crucial avec ses Harmonies poétiques et religieuses. Bien que certains de ses longs poèmes ne portent pas explicitement le titre d'« ode », ils en reprennent la dénomination et l’esprit. Lamartine libère l’ode de la contrainte mythologique ronsardienne pour y inscrire une méditation personnelle et une adresse directe à Dieu ou à la nature. Ce contexte voit la publication des Odes et Ballades de Victor Hugo en 1828. Hugo reconnait ses dettes envers ses prédécesseurs, mais opère une rupture fondamentale. Il refuse les limites rigides entre les genres, affirmant que « ce qui est lyrique dans un couplet sera lyrique dans une strophe ». Il mélange les inspirations, puisant aussi bien dans la chanson du XVIe siècle de Ronsard ou de Rémy Belleau que dans l’ode historique, pour créer une forme nouvelle, plus libre et plus variée métriquement, tout en conservant le caractère élevé du genre[10].
Au début du XXe siècle, Claudel renouvelle le genre, avec ses Cinq Grandes Odes, en abandonnant les formes métriques traditionnelles de l’alexandrin et des rimes fixes au profit de la structure libre, longue et spiralaire du verset[11].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des littératures, Paris, Hachette, , 1499 p., 2 vol. in-8º.
- ↑ Denis Diderot, Jean Le Rond d’Alembert (éds.), Encyclopédie : ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, t. 23, Paris, Pellet, , 1018 p. (lire en ligne), p. 363.
- ↑ (en) Michael Taormina, Amphion Orator : how the royal odes of François de Malherbe reimagine the French nation, Tübingen, Narr Francke Attempto, , 315 p., in-8º (ISBN 978-3-82338-464-9, OCLC 1240703411, H2MeEAAAQBAJ sur Google Livres), p. 30.
- 1 2 Richard Maber, « ‘Le Véritable Champ Du Sublime’? : The Ode in France in the Seventeenth Century », The Seventeenth Century (en), Paris, vol. 15, no 2, , p. 244-65 (ISSN 0268-117X, lire en ligne).
- ↑ Antoine Albalat, Antoine Albalat L’Art poétique de Boileau, Paris, Société française d'éditions littéraires et techniques, , 167 p., in-16 (lire en ligne sur Gallica), p. 98.
- ↑ (en) Chloé Hogg, Absolutist Attachments : Emotion, Media, and Absolutism in Seventeenth-Century France, Evanston, Northwestern University Press, , xii, 276 p., illustr. ; in-8º (ISBN 978-0-81013-941-1, OCLC 1041879116, lire en ligne).
- ↑ Gérald Antoine, Le dramatique et le lyrique dans l'écriture poétique et théâtrale des XIXe et XXe siècles, Besançon, PU Franche-Comté, , 454 p., 21 cm (ISBN 978-2-84627-095-3, OCLC 56063321), p. 219.
- ↑ Soûad Guellouz, Postérités du Grand Siècle, Caen, Presses universitaires de Caen, , 394 p. (ISBN 978-2-84133-089-8, OCLC 44172270, lire en ligne), p. 249.
- ↑ Tatiana Smoliarova, « Voltaire et la parodie de l'ode pindarique au XVIIIe siècle », dans Sylvain Menant, Dominique Quéro {éd.}, Séries parodiques au siècle des Lumières, Paris, Presses Paris Sorbonne, , 436 p. (ISBN 978-2-84050-362-0, OCLC 231995321, lire en ligne), p. 239-60.
- ↑ Francisque Vial et Louis Denise, Idées et doctrines littéraires du XIXe siècle : extraits des préfaces, traités et autres écrits théoriques, t. 3, Paris, Delagrave, , 345 p. (OCLC 23407163, lire en ligne), p. 99.
- ↑ Kouakou Bernard Aho, « La Poétique claudélienne, une conquête de la totalité de l’Être dans Cinq grandes odes », Le Pan poétique des muses, no 12, (ISSN 2116-1046, lire en ligne).
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :